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Rue du Torrent 6
 

C’était un grand homme, un philosophe, un mec marrant. Il avait une chouette barbe, un chouette chapeau, un chouette humour, de chouettes amis. Un type qui collectionnait les plantes carnivores et qui avait fait face avec une classe incroyable à la maladie d’Alzheimer. Comment faire un hommage à mon auteur préféré sans redire tout ce qui a déjà été écrit et dit, sans tomber dans le mielleux et le gnangnan ? Je ne le connaissais pas personnellement, je n’ai pas d’anecdote ou de pensée profonde à son propos. Si ce n’est qu’il a changé ma vie de lectrice et m’a fait prendre conscience qu’on pouvait lire de la fantasy humoristique sans avoir honte d’apprécier ce sous-genre de la littérature, comme disent les gens cultivés, car j’ai rarement trouvé autant d’intelligence dans les ouvrages d’autres auteurs.

Qui peut vous parler du racisme, du féminisme, du capitalisme, de Hollywood, des mathématiques et des traditions, de philosophie, de religion, de la mort et surtout de la sagesse des orang-outans, tout en vous faisant attendre son prochain roman avec l’écume aux lèvres, trépignant sur place ? Dans mon cas, seul Pratchett y arrivait. Je suis d’ailleurs navrée pour toutes les personnes qui m’auraient aperçues entre deux parutions, poussant des gémissements d’impatience, les yeux injectés de sang. Je comprends mieux à la lumière de cette analyse le peu d’empressement des garçons à mon endroit durant mon adolescence…

D’un point de vue purement égoïste, je peux dire merci à Sir Pratchett de me libérer de son emprise et me permettre de m’intéresser enfin à autre chose qu’à sa plume selon moi parfaite. Peut-être que ma vie sociale sera désormais plus facile. Néanmoins, tous ces amis de papier, Mémé, Tiphaine, Nounou, Gaspode, Vimaire, Moite, Rincevent, Deux-Fleurs, Lobsang, la MORT… me manquerons vraiment. R.I.P., cher Monsieur.

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